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Le Pic noir Dryocopus martius en Wallonie
 

Espèce forestière rare et pas toujours bien connue des ornithologues et des gestionnaires forestiers, le Pic noir fait l’objet d’études et d’un suivi datant de bien avant la création de Chouette nature. En effet, depuis 1992 nous avons travaillé sur sa protection dans la Forêt domaniale indivise de Stambruges dans le Hainaut occidental et nous avons réalisé des recherches sur le profil des arbres à loges et sur les utilisateurs des cavités creusées par cette espèce.

 
Photo de Ph. Van Horen ©

Identification

Le plus grand Pic européen, de la taille d’une Corneille, et au plumage noir uni avec chez certains oiseaux, des nuances brunes le plus souvent au niveau des ailes. La calotte est rouge chez le même tandis que chez la femelle, la coloration est limitée à la nuque. Les yeux sont blanc jaunâtre et le bec est blanc ivoire. Il n’y a pas de confusion possible avec d’autres espèces de Pic.

 
Photo de Ph. Van Horen ©

Les cris, chants et tambourinements du Pic noir sont puissants et portent loin. Lorsqu’il se déplace sur une longue distance, le Pic noir vole au dessus de la cime des arbres et souvent à cette occasion, il signale sa présence avec de puissants « Kru-kru-kru-kru… ». Puis il plonge entre les arbres et se pose haut dans un arbre. C’est seulement quand il est posé qu’il lance des « Klut » très sonores ou qu’il choisit de frapper avec la base d’une branche morte avec son bec. Le roulement des percussions est généralement lent et dure plusieurs secondes. Ce n’est qu’en période de parade nuptiale et de nidification que l’on peut entendre le « Ouic-ouic-ouic-ouic… » long et répété à proximité de son site de nidification.

 

Historique de la population

La présence du Pic noir a été confirmée en Belgique vers la fin du 19ème  siècle  et au début du 20ème  siècle. Il s’est rapidement cantonné dans la plupart des forêts où on le rencontre actuellement. La politique de boisement intensif de la fin du siècle dernier a largement contribué à l’expansion de l’espèce en Belgique. Lors des plantations, la préférence était donnée aux résineux: Epicéas, Pins et Mélèzes. Les exploitations par mise à blanc étoc laissaient de nombreuses souches sur le parterre des coupes et offraient, bien involontairement, d’excellentes possibilités en nourrissage pour le Pic noir qui défonce volontiers de vieilles souches en quête d’insectes ou de larves vivant dans le bois mort. Ce dynamisme est aussi associé au vieillissement des forêts feuillues qui augmentent l’offre en sites de nidification potentiels. 

En 1961-68, la population belge de Pics noirs fut estimée à 275 couples et à 375 couples pour la période de 1973 à 1977. Le Pic noir a étendu son aire de distribution durant la première moitié de ce siècle, mais il reste une espèce rare car ses effectifs restent bas en Wallonie, soit environ 200 couples.

 

Arbres à loges


Photo de Laurent Colmant ©

Pour nicher et passer les nuits en hiver, le Pic noir creuse des loges volumineuses le plus souvent dans de vieux Hêtres, plus rarement des Peupliers ou des Aulnes glutineux mais ces derniers se rompent plus facilement. L’entrée de la loge est typiquement grande et ovale. Des milliers de copeaux jonchant le sol témoignent d’un travail récent du Pic noir, mais le plus souvent, il utilise une ancienne loge. En fait, pour dix nidifications, sept fois il utilise une loge creusée les années précédentes. Ses loges sont creusées vers 9m de haut, parfois jusque 14m, typiquement dans la partie supérieure du fût et environ un bon mètre sous les premières grosses branches. Les plus vieilles loges connues et utilisée remontent au début du suivi, elles ont plus de 12 ans. D’autres espèces utilisent les cavités creusées par le Pic noir essentiellement le Pigeon Colombin, la Sitelle torchepot et le Choucas des tours pour nicher, le Pic vert et le Pic épeiche pour s’y abriter les nuits en hiver. Actuellement, nous observons une forte utilisation des loges par le Pigeon colombin en nidification et les autres Pics aux dortoirs en hiver. Pratiquement toutes les loges sont utilisées.

 
Photo de Laurent Colmant ©

Risques et menaces

Le Pic noir n’est actuellement pas menacé de régression ou de disparition sauf localement pour des petites populations à forte densité qui sont associées à la régression de la culture du Pin sylvestre dans le bassin de la Haine. D’autres populations cantonnées en Calestienne sont aussi menacées à plus long terme en raison de l’état vieillissant sans régénération des peuplements de Pin noir.

 

Mesures de gestion favorables à l’espèce

En raison de sa rareté, le Pic noir est une espèce visée par la Directive européenne sur la protection des oiseaux sauvages (annexe 1 de la Directive Oiseaux CEE/79/409). Diverses mesures de gestion forestière lui sont favorables :

Pour la nidification :

-   Le maintien des arbres à loge lors des éclaircies pour éviter, autant que possible, le départ du couple installé. Cette mesure est favorable aux espèces cavernicoles qui utilisent les loges du Pic noir pour se reproduire (ex. : la Chouette de Tengmalm et le Pigeon colombin). Le Pic noir est considéré comme une espèce clé pour des espèces cavernicoles ne creusant pas de loges.

-   Bonne répartition des classes d’âges surtout en hêtraie pour garantir la pérennité de l’offre en sites de nidification.

-   Lorsque c’est possible, le maintien de petits noyaux de vieux Hêtres dans des massifs de résineux lui est très favorable.

Pour la recherche de nourriture

-    Le maintien de cultures régionales de Pins bien que ces essences n’y aient plus vraiment d’avenir économique immédiat ;

-     La maintien de bois mort sur pied lors des passages en éclaircies

-     La protection des fourmilières.
 

Photo de Laurent Colmant ©


Photo de Laurent Colmant ©

Bibliographie

Colmant L.,  2003 – Population, sites de nidification et arbres à loge du Pic noir Dryocopus martius dans la région du Parc naturel Viroin-Hermeton (Wallonie, Belgique). Alauda  71 (2) : 145-157.

Colmant L., 1998 – Les sites de nidification du pic noir (Dryocopus martius L.) en Wallonie, caractérisation et dynamique de renouvellement. Parcs et réserves 53 (1/2) : 27-29.

Colmant L., 1995 - Gestion forestière et conservation des sites de nidification du pic noir Dryocopus martius en zone de protection spéciale: approche théorique et exemple de la forêt domaniale indivise de Stambruges. Annales de Gembloux, 101 (1/2): 67-73

Colmant L., 1996 - La conservation du pic noir Dryocopus martius L. en zone de protection spéciale: exemple de la forêt domaniale indivise de Stambruges. Forêt wallonne, 26: 10-15.

 
Design de Marie Layssac et Damien Colmant

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