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Le Pic mar
Dendrocopos medius
en Wallonie
L’intérêt des ornithologues pour cette espèce est lié à sa rareté initiale
dans les forêts wallonnes et au déploiement récent de son aire de
distribution concomitant de l’augmentation des effectifs de sa population
au fil des années. Nous avions commencé à étudier le Pic mar en 1994-1996
dans le cadre d’une convention de recherche réalisée par l’unité de
Sylviculture de la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de
Gembloux et pour le compte de la Division de la Nature et des Forêts du
Ministère de la Région wallonne. L’idée à cette époque était de préciser
les caractéristiques de l’habitat du Pic mar et d’en inférer des
propositions de gestion forestière dans le cadre de la Directive Oiseaux
(CEE/79/409). Les résultats ont été présentés à divers Colloques et
publiés notamment dans la revue Forêt wallonne (1997, n°32). Aujourd’hui,
les recherches entreprises par Chouette Nature prolongent ces premiers
travaux avec en plus le souci de quantifier au moins localement la
progression et l’augmentation des effectifs du Pic mar en lien avec des
caractéristiques des peuplements forestiers.
Identification
Il
peut être confondu avec le Pic épeiche qui a aussi des taches blanches aux
épaules. Sa taille est toutefois plus petite, la calotte est rouge vif un
peu huppée et sans bordures noires, les côtés de la tête sont blancs et
non encadrés de noir. Le dessous est blanc rayé aux flancs et devient plus
rose au ventre. Les ailes sont barrées de noir et blanc avec d’étroites
taches blanches aux épaules. Il existe un léger dimorphisme sexuel (ex. :
femelle plus terne avec une crête plus rose et plus courte que chez le
mâle) mais comme ces oiseaux se tiennent le plus souvent dans la cime des
arbres, il est difficile et parfois hasardeux de déterminer le sexe.
Au
contraire du Pic épeiche qui tambourine régulièrement pour se signaler en
période de nidification, le Pic mar le fait rarement, il préfère chanter.
Le plus souvent, on peut entendre son chant plaintif – une série de « Ouet-ouet-ouet… »
à partir de la mi-février et en mars-avril.
Historique de la
population
Les premières mentions du Pic mar en Belgique datent de la
fin du 19ème siècle. L’espèce a été considérée à cette époque
comme un nicheur rare qui pouvait être observée occasionnellement dans les
grands massifs forestiers ardennais. A la fin des années soixante, il y
avait seulement une vingtaine de mentions pour la Belgique. Dès 1973,
l’enquête de l’atlas national des oiseaux nicheurs mettait à jour un grand
nombre de sites occupés par le Pic mar. La population était estimée à 250
couples nicheurs. Le Pic mar occupait à cette époque, la quasi-totalité
des forêts feuillues des trois cuestas lorraines et des massifs feuillus
de l’Ardenne méridionale tandis qu’il semblait absent des chênaies de
l’Entre-Sambre-et-Meuse. Ce serait l’usage systématique d’enregistrements
qui aurait permis d’accroître le nombre des découvertes à partir des
années septante.
Une enquête spécifique menée par la Centrale Ornithologique
AVES entre 1985 et 1989 estimait la population du Pic mar à 300-350
couples, tandis qu’une seconde enquête en 1991-1992 l’estimait à 530-650
territoires. Aux principales zones d’occupation connues, s’ajoutait la
périphérie de celles-ci : l’Entre-Sambre-et-Meuse méridional et le flanc
nord des Ardennes. Un renforcement des effectifs était constaté lors de la
seconde enquête. Depuis cette dernière enquête, l’aire de distribution du
Pic mar se serait encore fortement étendue: il serait actuellement
présent dans toutes les forêts de Wallonie dont celles du Hainaut
occidental ainsi qu’en Forêt de Soignes en Région bruxelloise, voire même
aussi dans les vieux massifs forestiers de la Région flamande. Quoique
nous pourrions discuter de l’incidence du changement de technique de
recensement et de l’apparition d’études spécifiques sur le nombre de
mentions du Pic mar au fil des décades, sa progression est un évènement
singulier qui contraste avec sa tendance générale à la raréfaction
ailleurs en Europe.
Risques et menaces
Le Pic mar a probablement profité du vieillissement des
chênaies suite à la reconstitution des massifs appauvris par les droits
d’usage et par la surexploitation. Il existe toutefois un risque réel de
déclin de populations locales liées à des massifs où la structure globale
des chênaies présente une abondance de bois moyens ou vieux et accusant un
déficit de régénération. La pérennité de son habitat n’y est donc pas
garantie. Tel est le cas de nombreuses chênaies en Wallonie. Une
estimation à l’échelle de son aire de distribution mondiale, révèle que ce
serait un quatre de sa population qui serait menacée et qui accuserait un
déclin depuis les années septante.
Mesures de gestion favorables à l’espèce
-
Pérenniser l’habitat en rétablissant la
proportion entre surface en régénération, jeunes bois, bois moyens et gros
bois. Cette mesure coïncide avec l’objectif de revenu soutenu, fondement
de l’aménagement forestier ;
-
Maintenir, si possible, de vieux chênes sur
pied ;
-
Maintenir de longue révolution en chênaie ;
-
Respecter des périodes d’abattage hors
nidification.
Pour
en savaoir plus
Colmant
L., 2001 – Pic mar (Dendrocopos medius) : un spécialiste à ses
dépens. Athene noctua 6 : 24-28.
Colmant
L., 2001 – Note sur la progression du Pic mar (Dendrocopos medius)
en Wallonie. Athene noctua 5 : 9-12.
Colmant
L., 1997 - Gestion des vieilles chênaies et avifaune : le maintien du pic
mar en -Fagne. Forêt wallonne, 32 : 20-24. |