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Les pics de Wallonie

Des espèces protégées

Pour nicher, ces oiseaux creusent régulièrement des loges, tantôt à même le tronc d’arbres déjà le plus souvent affaiblis voire mort sur pied, tantôt assez haut dans les grosses branches des houppiers. En hiver, les pics utilisent aussi leurs loges pour y passer les nuits à l’abri des  intempéries et des prédateurs. Les cavités peuvent être utilisées ainsi au moins une quinzaine d’années tant pour nicher que comme dortoir. 

Les pics jouent des rôles importants dans les écosystèmes forestiers. Par exemple, les loges qu’ils creusent sont fortement convoitées par d’autres espèces cavernicoles tant pour s’y abriter que pour se reproduire. Les pics se nourrissent le plus souvent en écorçant et défonçant les bois et les souches à la recherche d’insectes ;  ils contribuent dès lors à limiter les populations d’insectes ravageurs du bois. De plus, comme ils s’intéressent le plus souvent à du bois dépérissant ou mort, ils participent pleinement au processus de décomposition de la matière organique et à son recyclage.

Les pics sont des espèces d’oiseaux protégées. Une attention plus particulière est portée au Pic noir, au pic cendré et au Pic mar dans le cadre de la Directive européenne de protection des oiseaux sauvage ; les deux premiers parce qu’ils sont rares et le dernier parce que son habitat est menacé et des populations locales disparaissent en Europe.  

Adaptation : des spécialistes du bois

Les pics possèdent des particularités fondamentales qui les distingues des autres espèces d’oiseaux et qui en font des spécialistes du bois et de l’excavation :

  • La position des quatre doigts des pattes : deux vers l’avant et deux vers l’arrière contre trois et un habituellement chez les autres espèces oiseaux. Cette caractéristique leur permet de s’agripper avec force et équilibre aux parois verticales des troncs, de se tenir « tête en bas » des heures durant pour creuser le fonds des loges, voire de se suspendre aux branches pour chiner quelques insectes qui se seraient cru à l’abri sous les branches et feuilles.

  • Leur queue est faite de plumes extrêmement rigides sur laquelle ils prennent appui, elle leur sert de ressort lorsqu’ils martèlent le bois.

Les pics sont aussi  spécialisés dans la recherche d’insectes qui vivent sur les écorces ou dans le bois. Leur bec est particulièrement puissant et effilé. Il permet de déchiqueter le bois mort et de dégager les proies pour mieux les happer à l’aide d’une longue langue pourvue de barbillons et tapissée d’une épaisse salive gluante. C’est aussi grâce à ce bec que les pics creusent les loges. Certaines espèces au bec moins puissant et à la boîte crânienne plus fragile préfèrent visiter les fourmilières ou fouiller les anfractuosités des écorces. 

Noir, vert, bigarrés,… 

En Wallonie, on rencontre 6 espèces de pics. Il y a tout d’abord les grands pics avec le pic noir, la plus grande espèce européenne de pics, le pic cendré et le pic vert. Ils sont généralement considérés comme terrestres ou semi terrestres car ils recherchent leur nourriture au sol ou sur les souches pourries. Ensuite, il y a les pics bigarrés : le pic épeiche, le pic mar et le pic épeichette par ordre décroissant de taille. Ils se nourrissent essentiellement dans les arbres et descendent rarement au sol pour capturer leurs proies. Ces derniers sont qualifiés d’arboricoles par opposition aux grands pics. 

Pour être complet, il faut mentionner le torcol fourmilier aussi rattaché à la famille des pics. Il affectionne les milieux ouverts, il ne creuse pas de loge et il est migrateur au contraire des pics qui sont sédentaires. 

Tambourinement et chants 

En forêt, dès les premières journées ensoleillées de la fin de l’hiver, le promeneur attentif entend raisonner des roulements sourds, rapides et répétitifs du pic épeiche. L’oiseau percute énergiquement la base d’une branche desséchée ou fendue. Son « tambour » rompt le silence de la forêt, il lui sert à marquer son territoire. D’autres pics tambourinent aussi, mais de façon moins systématique. Chaque espèce a sa façon de tambouriner : le pic épeiche frappe une dizaine de coups en une seconde, le pic noir tambourine avec puissance et longuement et le pic épeichette bien que plus discret soutient la cadence des coups. Par contre, le pic vert et le pic mar préfèrent chanter pour marquer signaler leur présence. 

Pic noir Dryocopus martius


Jeunes Pics noirs quelques jours après l'éclosion


Les mêmes jeunes Pics noirs un mois plus tard, quelques jours avant l'envol



Cavité de Pic Noir maçonnée par une Sitelle torchepot et ensuite récupérée par un couple de Pics verts en nidification


Pigeon colombin nichant dans une loge de Pic noir

Photo de Laurent Colmant ©

Avec ses 45 cm de longueur et son plumage tout noir sur lequel tranche une calotte rouge chez le mâle, une plus petite tâche à l’arrière de la tête chez la femelle, il est le plus grand pic européenne. Son vol lent et droit le différencie aussi des autres pics.

C’est un oiseau rare qui est apparu dans notre pays suite aux importants enrésinements du début du 20ème siècle. Son expansion fut rapide, elle semble actuellement stoppée et le niveau de population ne semble plus progresser. Localement les effectifs régionaux peuvent fluctuer selon les possibilités de nourrissage et le potentiel en sites de nidification. Son territoire est important, le plus souvent il s’étend sur plusieurs centaines d’hectares. Il niche souvent dans un vieil arbre, assez haut dans la partie du fût libre de branches. Il choisit habituellement un hêtre, plus rarement un arbre d’une autre essence. Les cavités qu’il creuse sont utilisés par d’autres espèces cavernicoles de grande taille (Chouette de Tengmalm, pigeon colombin,…) Pour se nourrir, il fréquente surtout les peuplements résineux. Il y recherche des fourmis au sol et des coléoptères enfoncés dans le bois pourri des souches ou d’arbres tombés au sol.

Fiche détaillée sur le Pic noir en Wallonie.

Pic vert Picus Viridis

Souvent appelé « pivert », il est de taille moyenne (31 cm), avec un plumage vert, une calotte rouge, le bas du dos jaune et une petite moustache noire marquée de rouge en son centre chez le mâle. Son vol est ondulant.

Il est plus abondant que le pic noir. Actuellement, sa population augmente dans le nord de la Wallonie tandis qu’elle chute de manière vertigineuse dans le sud, en Ardenne et en Fagne et Famenne. Le pic vert se rencontre rarement en pleine forêt. Il fréquente surtout les régions bocagères et les boisements morcelés, les bois clairs et les lisières où il trouve les fourmis en plus grande abondance pour se nourrir.

Pic cendré Picus Canus

Un peu plus petite que le pic vert (25cm), il est vert et gris ; le mâle porte une petite calotte rouge. Sa population varie de quelque couples à 10-20 selon les années, elle se cantonne principalement dans la région des Hautes-Fagnes et secondairement en Lorraine. Il fréquente les grandes et vieilles hêtraies claires. Il apprécie les fourmis et se nourrit au sol et dans les grands arbres.

Pic épeiche Dendrocopos major 

Photo de Erwan Balança ©

De la taille d’un merle (23 cm), il a le ventre blanc, le dos noir marqué de deux grandes tâches blanches aux épaules, les flancs et la nuque rouge. Le jeune porte une calotte rouge. 

C’est le plus courant de nos pics et sa population semble actuellement en légère hausse. Il est bien répandu dans les peuplements feuillus et mixtes feuillus-résineux. En période de reproduction, il se nourrit essentiellement de proies animales : chenilles dans les frondaisons, araignées sur les troncs, coléoptères dans le bois pourri. Il est aussi réputé se nourrir d’oisillons capturés dans les nids d’autres espèces. En hiver, il se tourne vers d’autres sources de nourriture : il cueille des cônes de résineux qu’il coince dans une encoche confectionnée à même un tronc, sa « forge », et par de puissants coups de becs, il brise les écailles et s’empare des graines. Au printemps, il perce dans le tronc des jeunes arbres des trous en couronne afin de lécher la sève qui s’en écoule. 

Pic mar Dendrocopos medius 

De taille intermédiaire entre les pics épeiche et épeichette (21 cm), il ressemble fortement au premier à l’exception d’une calotte complètement rouge et des flancs roses. 

Photo de Yves Fagniart ©

Assez discret, il est actuellement relativement abondant. Ses effectifs augmenteraient actuellement d’un peu moins d’une dizaine de pourcent par an et son aire de distribution continue de s’agrandir. C’est un oiseau qui affectionne particulièrement les vieilles chênaies et qui actuellement se rencontre dans des habitats moins typique parce que son niveau de population est aujourd’hui nettement supérieure par rapport il y a 20-30 ans. 

Au printemps et en été, il se nourrit principalement de chenilles dans les frondaisons. En hiver, il visite les écorces crevassées des vieux chênes ou celles qui se décollent, à la recherche de proies qui s’y sont réfugiées. 

Fiche détaillée sur le Pic Mar.

Pic épeichette Dendrocopos medius 

Il est le plus petit des nos pics, de la taille d’une mésange charbonnière (14cm). Son ventre est blanc, son dos noir barré transversalement de blanc. Le mâle porte une petite calotte rouge. 

C’est un oiseau excessivement discret et rare dont il est difficile d’apprécier la démographie. Il est possible que l’espèce voit ses effectifs se consolider ces dernières années. Son habitat originel est formé des vieilles forêts alluviales et des très vieilles chênaies. Il affectionne aussi les vieilles plantations de peupliers et les vieux vergers ou parcs, toujours en recherche d’habitats de remplacement. Il se nourrit essentiellement au niveau des rameaux et des houppiers.
 

 
Design de Marie Layssac et Damien Colmant

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